Les Terres d'Alme - Fléaux de sang



La victoire de la bataille de Kémchar n’en était pas une.
Et l’Alliance le sait.

Tandis que tous les peuples des Terres d’Alme se préparent à une attaque iminente de l’Empire, Chevalienne est en proie à une nouvelle menace : Main Noire.

Face au nombre de ses victimes et à ses pouvoirs de magicien noir, les chevaliers de l’Ordre sont totalement dépassés et courent les rues dans le vain espoir de le capturer.

A-t-il un lien avec Dorgath? L’Ordre ne peut écarter cette hypothèse.

C’est dans cette confusion totale, que Dorgath envoie ses Dorykhans sur le territoire de l’Alliance, afin de s’attaquer directement au pouvoir de l’Alme.

Déjà affaibli par le sortilège de Dorgath, Féïmer va devoir lutter contre des ennemis qu’il ne soupçonnait pas...

Des ennemis qui veulent lui faire quitter le trône...

Des ennemis, au sain même de l’Alliance.


Les Terres d'Almes - Les Ombres de Chevalienne


Extrait 1


La nuit tombait de plus en plus tôt. L’automne était bien là et Frédaln, accompagné de son jeune fils de dix ans, Tydern, devait rapidement allumer un feu de camp. Le ciel était dégagé et la nuit promettait d’être fraiche.
- Tu trouves ?
Tydern revint de l’arrière du chariot, les bras chargés de petit bois pour allumer le feu.
- T’en auras assez ?
Frédaln esquissa un sourire et lui ébouriffa les cheveux en guise de réponse. Il plaça le bois de manière à faire passer l’air, puis sortit un briquet de sa besace. Il plaça un morceau d’amadou sur son silex, puis frappa avec le briquet.
Émerveillé, son fils le regarda allumer le feu comme s’il s’agissait d’un acte d’une extrême simplicité. Mais Tydern savait qu’il n’en était rien. Il s’y était déjà essayé et n’avait toujours pas réussi à frapper le silex avec assez de force et de précision.
Rapidement, le bois sec crépita, puis de belles flammes illuminèrent le crépuscule. Frédaln se releva et s’apprêta à aller chercher du bois plus gros, lorsqu’il vit un homme qui se tenait à quelques pas de leur campement.
- Hé, l’ami, pas un pas de plus ! Présente-toi d’abord !
Frédaln était rompu au voyage. Tout comme son fils, il avait suivi son propre père sur les routes, afin de vendre leurs marchandises dans les villages du royaume de Vidam, mais aussi sur le territoire des Orcances. Et au cours de ces longues années, il avait appris que le danger n’avait pas de répit. La nature était déjà hostile, mais ce qui était encore plus dangereux, c’était les hommes. Humains ou Orcances.
Frédaln avait déjà dégainé sa dague. Il ne connaissait pas grand chose à l’art du combat. Pourtant, jusqu’à ce jour, sa carrure et sa capacité à ne ressentir aucun remord lorsqu’il prenait la vie, lui avait suffit à décourager les brigands. Il n’avait pas peur. Et ça, un adversaire le ressent tout de suite.
Mais à cet instant, l’inconnu ne semblait pas se soucier de sa lame pointée vers lui.
- Alors ? Tu as un nom ? Qu’est-ce que tu veux ?
- C’est peut-être juste pour se réchauffer, intervint son fils, dont la naïveté était confondante.
- Viens ici, ordonna son père.
Tydern eut juste le temps de se redresser. L’inconnu bondit sur lui, l’attrapa par le crâne de son énorme main, puis, en une fraction de seconde, l’enfant se dessécha. L’homme laissa tomber le cadavre, tandis que Frédaln fondit sur lui en hurlant de rage. Il enfonça la lame dans son abdomen jusqu’à la garde.
L’homme ne réagit pas. Frédaln le frappa de nouveau, encore et encore, jusqu’à ce qu’il voit des particules de cendre s’échapper des plaies et souiller sa main. L’odeur de l’inconnu le saisit soudain. Il sentait la viande pourrie.
C’est alors qu’il l’attrapa à son tour par le crâne. Les yeux de Frédaln étaient baignés de larmes. Il n’avait pas encore croisé le regard du meurtrier. Mais à cet instant, tandis qu’il sentait le souffle de la vie le quitter, il plongea les yeux dans les siens. Il n’avait pas d’yeux. Seulement deux orbites vides, où le néant s’étendait à l’infini.
L’homme laissa tomber le cadavre. Ses plaies s’étaient refermées et la chair de son corps avait perdu son odeur de putréfaction.
Il reprit son chemin dans la nuit.
Vers l’est.